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Et vous, qu’est-ce qui vous anime ?

22.02.2018

Clara Gaymard
Présidente Exécutive chez Women's Forum for the Economy & Society

 

Je rencontre souvent des femmes et des hommes, jeunes ou expérimentés pour parler de leur avenir professionnel. Ils viennent de finir leurs études, sont entre deux jobs ou ont une longue carrière derrière eux. Quel que soit leur âge, ils cherchent des conseils, des pistes d’embauche, des mises en relation pour retrouver un nouvel emploi. 

L’entretien commence toujours de façon classique : Quel est votre parcours ? Votre savoir-faire ? Quelles sont vos expériences ? Bien souvent, la personne se définit en fonction de ce qu’elle a appris, de son expertise, de ses plus belles réussites ou responsabilités et de l’univers dans lequel elle a travaillé. Raisonnable dans sa recherche, elle se heurte parfois à la réduction des possibilités dans son secteur ou dans sa compétence. A cela s’ajoute aussi l’évolution rapide des métiers. Revient toujours cette angoisse d’une absence prolongée du monde du travail et de ‘’sortir du jeu’’. La peur de devenir obsolète pour les plus anciens ou celle de ne pas trouver de débouché chez les plus jeunes, la lassitude après de multiples CV envoyés comme des bouteilles à la mer sont souvent les moteurs de leur quête.

Ils sont parfois incollables sur leurs compétences et leurs expériences passées mais les qualités qu’ils revendiquent demeurent similaires à celles des autres CV : esprit d’équipe, capacité d’exécution, loyauté, esprit de synthèse, pensée stratégique, qualité managériale etc… comme dans un bon manuel de leadership. 

Aussi, pendant que la personne me parle d’elle, je cherche l’étoile. La petite lumière dans les yeux qui brille quand elle me raconte une anecdote ou une réalisation personnelle, parfois loin de son activité professionnelle. Mes questions s’enchaînent. Elles n’ont parfois rien à voir avec son métier mais rappellent un voyage, un hobby, un souvenir d’enfance, un désir non réalisé…

 

Quand les yeux brillent, je sais comment poursuivre la conversation. Je vais suivre l’étoile.

 

C’est exactement ce qu’il s’est passé il y a quelques mois lorsque j’ai rencontré une femme d’une cinquantaine d’années, dirigeante dans un grand groupe, reconnue et appréciée dans son métier, cherchant un nouveau poste de manager. Elle était en désaccord avec la nouvelle direction dans son ancienne fonction et cherchait un poste équivalent, dans une autre entreprise, avec l’angoisse de ne pas retrouver rapidement. Comme si cet accroc sur la route devait être effacé rapidement de la mémoire. Elle est vive, intelligente, créative ; son discours est parfaitement maîtrisé mais ne colle pas à ce qui émane d’elle.

Quand soudain, elle me raconte un voyage aux Etats-Unis au cours duquel elle a suivi des cours de peinture dans l’une des écoles les plus réputées. L’étincelle est là. Nous sommes alors au mois de mai et spontanément je lui fais me promettre une chose : ne pas chercher d’emploi avant septembre et profiter de ces quatre mois pour vivre, voyager et assouvir sa passion créative qui ne demande qu’à s’épanouir. Six mois plus tard, je la revois, investie aux cotés de managers dans un incubateur parisien. L’innovation et la créativité font désormais partie de son quotidien. 

 

L’étoile brille. Elle a osé. 

 

Plus récemment, je rencontre une jeune femme de trente ans qui a travaillé comme assistante parlementaire, a poursuivi sa carrière dans les relations publiques au sein d’un grand groupe du secteur public et est repartie en province où elle a créé une startup avec sa sœur. La jeune entreprise se développe mais elle a envie de revenir dans un parcours plus classique, par crainte de se marginaliser. Au gré de nos échanges, elle commence à me parler d’environnement. Elle est alors intarissable. Quelque temps plus tard, elle m’écrit pour m’annoncer qu’elle a trouvé un travail dans une grande ONG internationale. Elle est heureuse.

 

C’est le saut qu’elle n’avait jamais envisagé de faire.  Elle a trouvé son chemin. 

 

Ces deux exemples démontrent que la question qui réveille les ressorts du désir et qui remplace les ‘’je suis capable de’’ par ‘’j’ai envie de’’, la contrainte par le désir, le raisonnable par le courage, l’ambition par l’accomplissement, est très simple dans sa formulation mais bien difficile dans sa réponse. Elle demande du temps, un débat intérieur, et puis du silence. Un vrai silence. ‘’Qu’est-ce qui vous anime ?’’ Cette question surprend toujours lorsque je la pose. De fait, l’interrogation s’évapore régulièrement, entraînée par le tourbillon de la vie. Elle apparaît provocatrice alors qu’elle est pourtant le moteur de nos existences. Elle nous permet de rester dans notre axe, et de ne pas agir en fonction de l’extérieur ou du jugement des autres mais animé de ce que nous sommes. Uniques, accomplis, irremplaçables.

 

Et vous, qu’est-ce qui vous anime ?